Ambi, une artiste engagée

Ambi est née en 1978 à Antananarivo, la capitale de Madagascar. De son vrai nom Ambinintsoa Andriankajarivelo, cette plasticienne est arrivée en France en 2000. Aujourd'hui, elle vit et travaille entre Marseille et Aix-en-Provence.
Après un baccalauréat littéraire à Madagascar, elle a d'abord suivi des études d'architecture à Marseille, à Luminy, avant d'obtenir un Master 2 d'arts plastiques à l'Université de Provence, à Aix-en-Provence.
Depuis 2005, elle expose régulièrement en France et à l'étranger, avec une fidélité particulière à la Galerie Vincent Bercker à Aix-en-Provence. Proche de l'esprit de l'arte povera, elle trouve son inspiration dans les matières pauvres et les objets du quotidien malgache, convaincue, comme Le Corbusier, que « le grand art vit de moyens pauvres ».
L'atelier, en mouvement
Dès son plus jeune âge à Madagascar, l'artiste plasticienne Ambi a été profondément marquée par les ravages de la culture sur brûlis et de la déforestation. Face à cette violence pyromane, la jeune créatrice ressent alors un vif sentiment d'impuissance.
Pourtant, c'est au cœur de cette matière ardente qu'elle puise toute sa démarche créative. Plutôt que de subir la force destructrice de la flamme, Ambi choisit d'en explorer le potentiel créateur, purificateur et esthétique. À travers des œuvres plastiques captivantes, le feu cesse de détruire pour devenir un outil de transformation, capable de bâtir, d'écrire et de sublimer.
Profondément engagée dans la préservation de la nature, l'artiste transforme son art en un puissant vecteur de sensibilisation écologique. Elle invite chacun à dompter le feu avec précaution et maîtrise afin de faire prévaloir la création sur l'anéantissement. Véritable signature artistique, l'élément incandescent constitue aujourd'hui le fil conducteur et le médium central de l'ensemble de sa carrière.
Ambi travaille toujours de nuit, seule, dans le silence. Elle compose ses propres mélanges de colle et de solvants, puis les brûle au chalumeau ou, plus simplement, au briquet, jusqu'à la limite de la maîtrise. Les pièces obtenues sont assemblées comme un puzzle, volontairement démontables et remontables : une œuvre jamais tout à fait figée, que chacun peut recomposer à sa main.


Ambi, artiste plasticienne malgache. Portrait filmé produit par Is'art Galerie, Antananarivo. La lecture charge YouTube.
Ce qui traverse l'œuvre
Le feu
Le feu devient outil et matériau à la fois. Chaque brûlure est une trace maîtrisée, posée sur le tissu ou le papier : la marque d'un geste qui construit là où l'on attendait la destruction.
L'identité
Qui suis-je ? D'où je viens ? Le questionnement sur la notion d'identité occupe une place majeure dans les œuvres d'Ambi. L'humain est au cœur de son travail engagé de plasticienne.
Le papier Antemoro
Fabriqué à partir de l'écorce de l'avoha, un arbre qui se régénère seul, ce papier végétal malgache lie l'œuvre aux artisans du pays et à l'équilibre écologique de la forêt.
Une œuvre qui se fabrique à plusieurs
Plusieurs pièces naissent d'un travail collectif : Rejet (Nouvelle pousse) a été tissée à la main avec la Coopérative Kanto, une association de femmes du Sud de Madagascar ; Naître et ne pas être a été réalisée avec des enfants à Madagascar, autour de la naissance de l'être humain et du génotype.
Cette manière de faire prolonge ce que les œuvres interrogent déjà : ce qui se transmet, ce qui se transforme, ce qui résiste. Un savoir-faire se lègue comme un patrimoine génétique : par répétition, par variation, parfois par accident. En confiant une partie du geste à celles et ceux qui l'ont hérité, la pièce cesse d'appartenir à une seule main. Elle porte la mémoire d'un territoire, d'une communauté, et devient le témoin d'un lien plutôt que d'une signature.
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